Réponse à Nicolas Hulot, huile de palme et développement durable

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Les auteurs doutent de l’efficacité de la certification RSPO pour le développement d’un véritable système de production durable d’huile de palme.

Le référentiel RSPO contient 8 principes, 43 critères et 69 indicateurs majeurs ; sa certification est effectuée par une tierce partie accréditée, comme pour une certification ISO, ce qui est un gage de garantie.

Une évaluation des aires à hautes valeur de conservation (et donc, pas uniquement des forêts) est obligatoire avant toute nouvelle plantation. En aucun cas, les forêts primaires ou celles abritant des espèces protégées (y compris les grands singes), ne peuvent être détruites (critère 7.3) ; le référentiel demande à ce que les opérateurs évitent de planter sur les tourbières (critère 7.4) et si l’utilisation du Paraquat est encore autorisée, (classé II, modérément dangereux, selon l’OMS), il ne l’est qu’en des circonstances exceptionnelles et parfaitement documentées (critère 4.6).

Les auteurs, sans le dire, admettent l’intérêt de ce type de certification et ne pointent que les dérives de certains planteurs qui bafouent même la législation environnementale locale.

Ils associent adroitement l’impact de toutes les monocultures sur la biodiversité et la conversion des espaces naturels en plantations de palmiers à huile, ils oublient pourtant de dire que les alternatives (colza, tournesol) sont aussi des monocultures, que ce sont des déserts de biodiversité ; s’il ne reste effectivement que 15 % de biodiversité locale dans une plantation de palmiers à huile, que reste-t-il dans une culture de colza ou de tournesol : 0,1 %, moins ?

Pour une production égale en huile végétale, il faut 8 à 10 fois plus de superficies occupées par des monocultures d’oléagineuses annuelles (de type colza). Les auteurs s’imaginent-ils vraiment que en réduisant les cultures annuelles destinées à produire des biocarburants en Europe, on réduira significativement les surfaces destinées à cette plante formidablement performante qu’est le palmier à huile ? Dans un monde qui abritera 9,3 milliards d’individus en 2050 ? Ceci est bien naïf.

A consommations égales, il faudra 150 millions de tonnes d’huile végétale supplémentaires en 2050, que pourront produire soit 37 millions d’ha supplémentaires de palmiers soit 187 millions d’ha de colza, soit une différence 150 millions d’ha, ce qui représente l’équivalent de la superficie de la Mongolie.

Pour finir, nous noterons que cette fameuse société  asiatique de production et de commercialisation d’huile de palme installée dans l’Etat de Cross River, et que les auteurs ne mentionnent pas, s’appelle WILMAR et que les derniers rapports trimestriels et annuels de l’Afi Mountain Wildlife Sanctuary ne mentionnent jamais ni Wilmar, ni une quelconque plantation de palmier à huile, mais bien la chasse et les cultures villageoises illégales comme facteurs uniques de disparition des singes dans la réserve. Les auteurs évitent bien entendu de mentionner les vraies causes et se contentent de noter la présence d’une plantation de palmier dans la « zone tampon ». Le palmier à huile est le bouc émissaire idéal  pour éviter de se poser les vraies bonnes questions.

Alors que les importations européennes (environ 6 millions de tonnes par an) sont largement inférieures à ce qui est produit en tant qu’huile de palme durable (11,9 millions de tonnes en 2014), les auteurs devraient plutôt insister à ce que toute la consommation européenne soient 100% durable selon les référentiels RSPO ou locaux (MSPO) et prendre leur bâton de pèlerin pour convaincre Chinois et Indiens  de faire de même.

Et les auteurs comprendront peut-être que ce n’est pas l’huile de palme le problème, c’est la déforestation due à l’augmentation de la population mondiale qui, elle aussi, a besoin de lipides pour vivre.

#Développement durable
Ecrit par Pierre Bois d'Enghien
Pierre Bois D’Enghien is an agronomist and agricultural expert from Belgium. He has spent his career advising African and international companies about agriculture and sustainability, including SOCFIN in the Cote d’Ivoire, the Feronia group in Congo, and the Belgian companies Condroz Energies. He is an acknowledged expert on plantation agriculture, including palm oil.